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Entretenir sa corde

Comment entretenir une corde de shibari

Le jute demande un contrôle avant chaque lien, de l'huile tous les deux mois, et un jugement honnête sur le moment où il cesse d'être une ligne de suspension. La POSH ne demande guère plus qu'un lavage et la même inspection.

L’entretien des cordes, c’est surtout de l’inspection. L’huilage et le reste comptent moins que l’habitude de regarder une corde avant de lier avec.

Le jute demande un contrôle avant chaque lien, de l’huile tous les deux mois, et à un moment une décision sur le point où il cesse d’être une ligne de suspension. La POSH demande un lavage de temps en temps et la même inspection.

Une règle sous-tend tout le reste : chaque geste pour rendre une corde plus douce ou plus propre consomme une part de sa vie utile. C’est une raison d’en faire moins, pas plus.

La version courte

Jute Ogawa POSH
Avant chaque lien Faire passer toute la longueur entre les mains Idem
Avant une suspension Inspection complète, sans hâte, à la bonne lumière Idem
Après chaque lien Inspecter, sécher, suspendre Inspecter, sécher, suspendre
Tous les mois Passage au chiffon sur toute la longueur Contrôle visuel
Tous les deux mois Huiler si elle semble sèche Rien
Corde mouillée Hors usage porteur jusqu’à séchage à cœur Suspendre pour sécher, jamais de sèche-linge
Retirée de l’usage en ligne de suspension Pilosité tardive, amincissement, toron qui ressort, fragilité Faux plis aplatis permanents
Retirée du corps entièrement Toron cassé, moisissure, faux plis marqués, historique inconnu Idem

L’inspection, qui est le vrai travail

Avant chaque lien, faites passer toute la longueur entre vos mains. Vous cherchez ce qui a changé depuis la dernière fois : une forme prise au rangement, de l’humidité, une grosseur, un point dur.

Avant tout usage porteur, faites-le sérieusement. Sans hâte, à la bonne lumière, sur toute la longueur de travail.

L’usure n’est pas répartie uniformément, alors regardez le plus attentivement là où elle se concentre :

  • Le pli. C’est la partie de la corde qui travaille le plus.
  • Le dernier mètre à chaque bout, et toute surliure ou nœud qui retient le toronnage.
  • Tout ce qui a touché du matériel, un anneau, un mousqueton, un bambou.
  • Les sections qui ont porté des frictions ou subi une charge concentrée.

Arrêtez-vous sur l’un de ces signes : un toron coupé ou cassé, des fils rompus, un aplatissement permanent, des grosseurs, des zones vitrifiées, de la moisissure, une odeur chimique, ou une décoloration inexpliquée.

Réinspectez après tout événement inhabituel : un accrochage, une charge de choc, un contact avec l’eau, ou une période où quelqu’un d’autre avait la corde.

Après chaque lien

  1. Défaire et secouer. Poussière libre, sébum, peluches. Laissez la corde retomber sur sa longueur.
  2. Inspecter, comme ci-dessus.
  3. Sécher. Si la corde est humide, même peu, suspendez-la. Ne rangez jamais une corde humide.
  4. Suspendre. Pliée en deux sur une barre, un crochet ou un support, dans une pièce ventilée, à l’abri du soleil direct.

Le jute, mois après mois

Notre jute est nettoyé et fini à la main à Louvain, et arrive prêt à lier. Vous n’avez rien à lui faire le premier jour.

Au fil des mois d’usage, il se dessèche, peluche et demande de l’entretien.

Tous les mois. Faites passer la corde dans un chiffon doux plié, un vieux t-shirt en coton fait l’affaire, pour retirer peluches et poussière de surface. Pendant ce passage, palpez toute la longueur à la recherche de raideur, d’amincissement, ou d’un toron qui ressort.

Tous les deux mois, ou quand elle semble sèche. De l’huile frottée entre les paumes, puis tirée le long de la corde. Pas une couche. La corde doit sembler un peu moins sèche, pas visiblement mouillée. Suspendez-la une journée ensuite pour que l’excédent pénètre.

Quelle huile. La plupart des huiles conviennent. Quelques-unes vraiment pas.

Jojoba, camélia (tsubaki) et soja font le travail. Certains guides de conditionnement utilisent le jojoba, le camélia est un choix traditionnel, et d’autres emploient le soja. Au bout du compte, toute huile stable est un choix valable. Prenez-en une et tenez-vous-y plutôt que d’empiler les produits.

Évitez les huiles de cuisine qui rancissent : olive, sésame, tournesol. Certains finissent leurs cordes avec une fine couche de cire d’abeille, et cela peut marcher ; nous évitons les cires lourdes qui s’accumulent, et tout ce qui est parfumé. Le but est une fibre souple, pas une corde parfumée.

Le flambage. Le flambage brûle le duvet de surface et rend une partie de l’aspect lisse. Beaucoup aiment le faire, même si chaque passage affaiblit un peu la corde.

Inspectez avant de flamber, pas après. Un duvet fin sur du jute neuf ou fraîchement fini est cosmétique. Une pilosité qui apparaît après des mois d’usage peut être de la fibre cassée, et c’est un signal sur l’état de la corde. La brûler détruit la preuve, pas le problème. Si vous ne savez pas distinguer les deux, ne flambez pas.

La technique s’apprend plus facilement à côté de quelqu’un que dans un paragraphe. Demandez en cours, ou écrivez-nous.

L’ébullition. On peut faire bouillir le jute. Nous ne le ferions pas. La chaleur affaiblit la fibre, l’eau affaiblit le toronnage, et l’ébullition est la chose la plus chaude que la plupart des gens infligent à une corde. Moins vous en faites au jute, plus il dure. Le jute brut sorti d’une bobine est un autre cas, traité dans roder une corde de jute neuve.

Nettoyer le jute

Le jute ne passe pas en machine. L’eau et le brassage desserrent la torsion qui tient la corde, et la chaleur aggrave cela. Le nettoyage est un travail localisé.

  • Nettoyage localisé. Un chiffon humidifié à l’eau, travaillé sur la tache seule. Suspendez la corde jusqu’à séchage à cœur avant de la ranger.
  • Aération. L’odeur vient en général d’une humidité résiduelle, pas de saleté. Plusieurs jours suspendue dans un endroit ventilé règlent plus de choses qu’un lavage.
  • Connaître les limites. Une tache qui ne part pas est cosmétique et n’affecte pas la résistance. Une odeur qui survit à plusieurs jours d’aération, c’est de l’humidité ou une prolifération dans la fibre, et c’est un signal de mise au rebut plutôt qu’un problème de nettoyage.

Le jute ne peut pas être désinfecté. Une corde qui a reçu du sang ou d’autres fluides corporels ne retourne pas dans un usage partagé, quelle que soit son apparence ensuite. Rien sur cette page n’enlève solvants, eau de Javel ou contamination huileuse. Aucun de ces produits n’a sa place sur une corde, et une corde qui les a rencontrés est bonne à retirer.

Le séchage, et ne jamais lier avec une corde humide

Le jute mouillé est plus faible que le jute sec. Une corde qui a pris l’eau sort de l’usage porteur jusqu’à séchage à cœur, et cela prend plus de temps qu’il n’y paraît. Une corde de 8 m trempée demande un jour ou deux suspendue dans un air en mouvement, pas les deux heures que suggère la surface.

De l’air, pas de la chaleur. Un radiateur, un sèche-cheveux ou un sèche-linge feront partir l’eau plus vite en emportant de la vie de fibre. La chaleur affaiblit le jute à chaque fois, et moins vous en faites à une corde, plus longtemps elle sert.

Dans un appartement sans buanderie, un étendoir près d’une fenêtre ouverte fait l’affaire, ou un crochet derrière une porte laissée entrebâillée. Un déshumidificateur dans la même pièce accélère les choses sans chauffer la corde. L’armoire chauffante, non : elle est chaude et l’air y est immobile.

Le rangement

Les deux fibres veulent les mêmes conditions : au frais, au sec, ventilé, sans tassement.

  • Suspendue, c’est le mieux. Pliée sur un support ou un crochet, dans un endroit qui respire.
  • Les rouleaux lâches conviennent. Enroulez la corde sans serrer et fixez-la d’un lien lâche, dans un sac qui ferme sans être hermétique.
  • Évitez les paquets serrés pendant des mois, les placards humides, le soleil direct et les sacs plastique fermés.

Une toile ou un rouleau à cordes vaut mieux qu’un sac plastique en voyage. Les deux fibres prennent l’humidité dans un mauvais rangement et demandent ensuite une aération plus longue.

Reprendre après une longue pause. Une POSH reprise après six mois est en général prête. Le jute peut ne pas l’être. Attendez-vous à de la raideur et à une corde qui a pris la forme dans laquelle elle a été rangée. Les marques de rangement sont en général de la compression plutôt qu’un pli, alors traitez une corde sortie d’un long stockage comme une corde à inspecter, pas comme une corde à utiliser tout de suite. Faites-la passer entre vos mains, huilez-la si elle est sèche, suspendez-la une journée, et inspectez-la sérieusement avant qu’elle ne porte quoi que ce soit.

Bouts noués et surliés

Les bouts d’une corde de shibari sont en général arrêtés par une surliure ou un nœud. Nous utilisons un nœud simple. Si l’une ou l’autre finition lâche, la corde commence à se détoronner.

Vérifiez la finition à chaque inspection. Remplacez une surliure lâche ou abîmée, ou refaites un nœud qui s’est desserré, avant l’usage suivant.

Si l’effilochage a dépassé le nœud ou la surliure et gagné le toronnage, recoupez jusqu’à la corde saine et refaites le bout. Vous perdez quelques centimètres ; l’autre option est de perdre la corde.

Quand une corde cesse d’être une corde de suspension

La mise au rebut n’est pas une décision unique.

Une corde perd avec le temps une résistance qui ne se voit pas. L’âge et l’usage comptent même quand les dégâts ne se voient pas.

Hors usage en ligne de suspension. Anatomie, qui vend de la corde et en parle bien, publie quatre signaux sous un titre qui en promet cinq. Ces quatre-là valent la peine.

  • La pilosité tardive. Un duvet de surface est normal et augmente avec l’âge. Ce qui compte, c’est la fibre qui s’écarte quand vous mettez la section en tension. Tirez fermement une section suspecte entre vos deux mains : le duvet se couche, les dégâts se séparent.
  • L’amincissement. Comparez la corde à elle-même. Mesurez une section très sollicitée, le pli en particulier, contre le dernier demi-mètre d’un bout, qui travaille bien moins. La méthode au pied à coulisse est dans diamètre des cordes. Une section travaillée mesurablement plus fine qu’une section intacte a perdu de la matière.
  • Un toron qui ressort. Un toron qui monte plus haut que les deux autres veut dire que la charge n’est plus partagée également entre les trois.
  • La fragilité. Une corde qui donne l’impression de paille, sèche et craquante, après conditionnement et quelques usages.

Une corde de jute est en général faite de trois torons de fibre torsadée. Des fibres cassées veulent dire moins de fibres intactes pour porter la charge dans cette section, quoi que le compte des torons laisse croire de l’extérieur.

Retirée du corps entièrement. Un toron coupé ou cassé, des zones fondues ou vitrifiées, de la moisissure, ou des dégâts que vous ne savez pas classer avec certitude. Ne continuez pas à tester une corde abîmée sur une personne pour voir si elle tient.

Marquez une corde quand vous la déclassez, et rangez-la ailleurs. Teindre un bout, un trait au marqueur permanent, une deuxième couleur de fil de surliure aux deux bouts, ou un sac différent. Une marque que vous ne voyez pas à l’autre bout de la pièce ne survivra pas au prochain rangement à la hâte. Idem pour une corde définitivement retirée : coupez-la court pour que personne ne la reprenne par erreur.

Si vous n’êtes pas certain qu’une corde tiendra la charge, ne l’utilisez pas. Nous finissons et inspectons les cordes. Nous ne certifions aucune corde pour la suspension, et le jugement du jour vous revient, à vos risques.

La POSH, presque rien

La POSH n’a besoin ni d’huile, ni de flambage, ni de conditionnement. Il n’y a pas de finition dessus à dessécher ou à renouveler.

Le lavage. La corde dans un filet ou une taie d’oreiller, fermée. Eau froide, cycle délicat, essorage faible, une lessive claire sans colorant. Pas d’adoucissant ni de lingettes assouplissantes : les deux laissent un lubrifiant en surface, et une corde plus glissante tient moins bien une friction.

Suspendez-la pour sécher. Jamais de sèche-linge, même à basse température. deGiotto, qui vend aussi de la POSH, le dit sans détour : ne mettez jamais de POSH au sèche-linge. Le tambour installe de la torsion dans le toronnage et abrase la surface.

La POSH n’a pas besoin d’un lavage mensuel. Nous lavons la nôtre quand cela se voit, ce qui pour la plupart des gens revient à une ou deux fois par an.

Chaleur et friction. Tenez la POSH loin des radiateurs et des autres sources de chaleur, et gardez-la lente sur les surfaces dures : un passage rapide contre un mousqueton métallique produit assez de chaleur pour la vitrifier. Ne la repassez pas et ne la passez pas à la vapeur.

Retirer une POSH. Cessez de l’utiliser sur un corps si vous trouvez un toron coupé, de la fibre fondue ou vitrifiée, une grosseur ou une section fine inexpliquée, ou un faux pli aplati qui ne part pas à la flexion douce. Un faux pli qui disparaît sous une légère tension ne pose pas de problème. Un qui a pris, oui. Dans le doute, retirez-la plutôt que de la tester sur une personne.

Le chanvre, brièvement

Le chanvre suit le même rythme que le jute : inspecter, huiler quand il est sec, ranger suspendu. Il n’est pas préparé à l’huile minérale, donc la question de l’odeur qui accompagne le jute ne se pose pas. Certains finissent le chanvre à la cire plutôt qu’à l’huile. Nous ne tenons pas de chanvre, et la comparaison est dans jute ou chanvre.

Ce que nous faisons réellement

Du jute Ogawa et de la POSH, tous deux à finition belge et emballés à la main à Louvain, expédiés en général sous deux jours ouvrables. Chaque longueur de corde est inspectée avant sa mise en vente.

Si vous voulez une corde que vous pouvez laver sans y penser, prenez du synthétique plutôt que du naturel. C’est un vrai argument pour la POSH, et deGiotto en vend aussi si vous préférez acheter ailleurs.

Le pack débutant arrive prêt à lier. La comparaison des fibres est dans POSH ou jute, la chimie de la préparation dans JBO et huiles de préparation, et la coupe en urgence dans coupeurs de sécurité.